Rendez-vous aigre doux!

Par le 24 octobre, 2013

 Rendez vous aigre doux!

DETROIT – De tous les scénarios que Daniel Alfredsson avait élaborés dans l’attente de son premier match face à son ancienne équipe, c’est finalement le pire qui s’est concrétisé.

Eh oui! Les Sénateurs ont battu leur ancien capitaine et sa nouvelle équipe. En fait non, ils les ont renversés, rossés, plantés dans le cadre d’une victoire à sens très unique de 6-1. Remarquez que les Red Wings ont offert une performance si désolante et du hockey sans conviction à des lieux du hockey qui les caractérise habituellement, qu’on pourrait prétendre sans trop de risques de se tromper qu’ils ont plus contribué à leur perte que leurs adversaires venus d’Ottawa.

À vous de choisir.

L’entraîneur-chef des Red Wings avait déjà fait ce choix lorsqu’il s’est présenté devant les journalistes. Et ce ne sont pas les 32 tirs obtenus par son club et les quelques très bons arrêts qu’a réalisés le gardien Craig Anderson qui atténuait sa frustration en marge du manque d’effort déployé par son équipe.

« C’est dommage pour Alfie, mais nous n’avons pas joué. Et quand on tentait de le faire, nous n’étions pas assez bons. Nous l’étions beaucoup moins qu’eux. Ils ont maintenu la pression durant tout le match et nous ne l’avons pas fait du tout », a lancé Mike Babcock qui refusait de se mettre à chercher des explications après ce revers humiliant et à trouver illico des solutions.

« La seule chose qui me trotte dans la tête en ce moment est de savoir si je dois accorder ou non le congé prévu à notre horaire pour demain. Un revers comme celui de ce soir est honteux et il ne faudrait pas que les gars puissent l’oublier facilement », a conclu Babcock sans toutefois lever le voile sur sa décision.

Spezza et Ryan prennent le contrôle

Pis encore que le scénario catastrophe – pour Alfredsson bien sûr – qui a marqué les retrouvailles célébrées hier, le nouveau capitaine des Sénateurs Jason Spezza y est allé d’une soirée de deux buts. Bobby Ryan, que les Sénateurs ont acquis des Ducks d’Anaheim le jour même ou Daniel Alfredsson a annoncé sa décision de mettre fin à son séjour de 17 ans à Ottawa pour migrer vers Detroit, a marqué deux buts lui aussi.

Comme si l’un et l’autre avaient voulu confirmer que la passation des pouvoirs était maintenant complétée.

Bien qu’il soit arrivé à Ottawa le jour où Daniel Alfredsson a quitté et que les deux joueurs évoluent sur le flanc droit, il est faux d’identifier Bobby Ryan comme le remplaçant d’Alfie. Les Sénateurs l’avaient dans la mire depuis un moment déjà. Et l’objectif était avoué : le faire jouer en compagnie du capitaine d’ici à ce qu’il prenne sa retraite.

Les choses se sont précipitées…

« Ces comparaisons me suivront longtemps, mais elles sont de votre cru et non du mien. Je ne suis pas Daniel Alfredsson. Nous sommes des joueurs très différents et bien que je sois un joueur offensif je refuse de dresser plus de comparaisons entre nous deux », a lancé Ryan après sa soirée de deux buts. Une soirée faste qui gonfle à six buts et neuf points sa récolte offensive après neuf parties.

« C’est plaisant de contribuer rapidement aux succès de l’équipe, surtout que je suis reconnu pour amorcer mes saisons très lentement. Je tenais à modifier cette habitude en arrivant à Ottawa et je suis bien content que cela se concrétise », a conclu celui qui a hérité de la troisième étoile du match.

Alfredsson effacé

Bien qu’ils n’aient pas fait cadeau d’une victoire à leur ancien capitaine, les Sénateurs n’ont pas été trop durs à son endroit. Ils ne l’ont pas frappé rondement le long des bandes et ne l’ont pas marqué étroitement aux quatre coins de la patinoire.

En fait, et c’est un brin ou deux triste, ils n’ont pas eu à la faire. Car bien qu’il était armé d’un arsenal de bonnes intentions, Daniel Alfredsson, à l’image du reste de ses coéquipiers, n’a pas disputé un grand match. Loin de là.

Histoire de souligner l’occasion spéciale et de donner le ton à un match qu’il voulait d’abord et avant tout gagner pour le bien de son club et non seulement celui de son nouveau joueur, l’entraîneur-chef Mike Babcock a envoyé Alfredsson à la droite de Pavel Datsyuk et Henrik Zetterberg pour amorcer la rencontre.

C’est à peu près la seule fois où l’on a vu Alfredsson.

Les statisticiens de la LNH lui ont donné deux tirs au but, deux mises en échec et un revirement en guise de statistiques personnelles. Pas question de contester les deux tirs, mais il faudrait être très généreux pour leur accoler le qualificatif d’occasions de marquer.

De fait, la meilleure chance qui s’est présentée à Alfredsson en venue en troisième période alors que l’issue du match était scellée depuis un bon moment déjà. Sur un retour de tir, Alfredsson a tenté de tirer la rondelle dans une cage désertée par le gardien des Sénateurs, mais elle a sauté par dessus la lame de son bâton.

Quand ça va mal…

Après avoir accordé mille et une entrevues au cours des derniers jours et s’être livré à un très long point de presse après l’entraînement matinal, Alfredsson était plus expéditif après la défaite.

« Je me sentais bien tout au long de la journée. L’échauffement s’est bien passé. Et même s’il n’était pas évident de voir mes anciens coéquipiers patiner de l’autre côté de la ligne rouge, je dirais que c’était moins dérangeant que je l’anticipais. C’est évident que cette défaite fait mal. Elle fait surtout mal à l’équipe d’autant que nous l’avons encaissée devant nos partisans. Il faut l’encaisser, reprendre l’entraînement sérieusement et s’assurer de jouer bien mieux que nous l’avons fait ce soir lors de notre prochain match », a commenté Alfredsson.

S’ils ont été gentils avec leur ancien capitaine, les Sénateurs ont été sans pitié à l’égard du gardien Jimmy Howard qu’ils ont déjoué trois fois sur leurs huit premiers tirs.

Eric Gryba – le bourreau de Lars Eller en séries éliminatoires le printemps dernier – a marqué le premier but du match avec un très bon tir des poignets décoché de l’enclave. Quelques secondes avant le but, Gryba a annulé une sortie de zone des Wings en envoyant Joakim Anderson cul par-dessus tête à l’aide d’une solide et très légale mise en échec.

On a entendu le « Boum! » du haut de la galerie de presse.

Jason Spezza, pendant une attaque massive, a pris bien son temps avant de décocher un tir frappé que le gardien Jimmy Howard n’a jamais vu passer.

Moins de quatre minutes plus tard, Bobby Ryan a donné les devants 3-0 aux Sénateurs avec un tir décoché de l’enclave. Un jeu similaire à celui qui avait conduit au premier but.

L’entraîneur-chef Mike Babcock en avait assez vu. Il a rappelé Howard au banc pour le remplacer par Jonas « la baleine » Gustavsson. Son véritable surnom est « le monstre », mais je n’ai pas pu résister. Excusez-là!

Le changement de gardien combiné à une pénalité stupide écopée par Colin Greening a permis à Todd Bertuzzi de marquer et de redonner un brin d’espoir aux fans des Wings.

Mais pas deux.

Car dès le début de la deuxième période, Spezza a redonné une avance de trois buts à son équipe qui l’a gonflée de quatre et de cinq buts en troisième.

« On s’est creusé un fossé bien trop tôt dans le match. Pour le combler, il a fallu prendre des chances que les Sénateurs nous ont fait payer tout au long de la rencontre. C’est dommage, mais ça ne reste qu’un match », a plaidé Alfredsson qui a ensuite coupé court au point de presse qu’il tenait dans le vestiaire de sa nouvelle équipe.

S’il semblait très déçu après ce cuisant revers, Alfredsson semblait aussi un peu soulagé que l’attention médiatique importante associée à ce premier duel contre les Sénateurs soit sur le point de s’estomper.

Remarquez qu’elle se gonflera à nouveau rapidement au cours des prochaines semaines puisque les Red Wings effectueront leur première visite de la saison à Ottawa le premier décembre prochain.

C’est un rendez-vous!

Foules décevantes

Si les retrouvailles entre les Sénateurs et leur ancien capitaine sont loin d’avoir entraîné un débordement d’émotions sur la patinoire, on peut en dire autant du côté des gradins. Une fois les retardataires arrivés et bien assis, le Joe Louis Arena était plein aux deux tiers. Peut-être aux trois quarts.

Bon! La direction des Wings a claironné avoir fait salle comble (20 066) pour une sixième fois cette saison, une 107e de suite. Mais si tous les sièges inoccupés étaient associés à des billets vendus, il y a beaucoup de monde à Detroit qui a de l’argent à gaspiller. Considérant que la ville est en faillite et que le centre-ville témoigne d’une situation économique plus que précaire, il est permis de croire que les prétentions des Wings quant au fait qu’ils jouaient encore hier à guichets fermés sont exagérées.

Plusieurs collègues habitués de couvrir les matchs au domicile des Wings insistaient d’ailleurs pour dire que les foules ont dangereusement fluctué à la baisse depuis le début de saison.

La présence des Tigers en finale dans la Ligue américaine est loin d’avoir aidé la cause des Wings. Cela dit, les revenus supplémentaires aux guichets du Comerica Park ont contribué à éponger le manque à gagner aux guichets du Joe Louis Arena. Car une fois comptabilisés, ces revenus tombent tous dans les poches de la famille Ilitch, propriétaire des équipes de hockey et de baseball.

C’est beau avoir de l’argent… 

Entre les lignes

Bien qu’il ne connaisse rien de rien au baseball, Daniel Alfredsson était coiffé d’une casquette des Tigers de Detroit dans le vestiaire des Wings mercredi matin. Un choix judicieux quand on sait que le propriétaire des Wings est aussi propriétaire des Tigers. Plusieurs joueurs des Wings arborent d’ailleurs une casquette des Tigers dans leur vestiaire. Une autre raison a motivé le choix d’Alfredsson. Passionné de hockey, de soccer et de golf, Alfredsson tient à profiter de son changement d’équipe et de vie pour élargir ses horizons sportifs. « Je n’ai pas encore assisté à une partie des Tigers, mais je compte bien apprivoiser ce sport dès l’an prochain… »

Rappelé sur l’heure du midi après que Niklas Kronwall eut reçu une rondelle au visage lors de l’entraînement matinal, Xavier Ouellet n’a pas affronté les Sénateurs en soirée. Arrivé tout juste avant la rencontre, le défenseur québécois qui a disputé son premier match en carrière lundi alors que les Sharks de San Jose étaient de passage à Detroit a toutefois pris part à l’échauffement…

Battu par les Oilers d’Edmonton lors de leur dernier match, les Sénateurs avaient besoin d’une victoire aux dépens des Wings en guise de tremplin en vue du calendrier difficile qui les attend. Les Ducks d’Anaheim et les Sharks de San Jose feront escale à Ottawa vendredi et dimanche. Une fois ces deux matchs passés, les Sénateurs mettront le cap sur Chicago, mardi, où ils croiseront les champions en titre de la coupe Stanley…

Rappelé mardi de Binghamton où il avait été après un camp d’entraînement en deçà des attentes placées en lui, Mika Zibanejad a récolté une passe dès son premier match de la saison avec les Sénateurs…

Le défenseur Erik Karlsson, qui a accepté l’invitation à souper de Daniel Alfredsson mardi, a récolté ses 5e et 6e passes de la saison jeudi à Detroit. Karlsson a vécu chez son capitaine, son épouse et leurs quatre enfants, lorsqu’il a fait le saut dans la LNH il y a cinq ans…

Alors que les Sénateurs retournent à Ottawa pour attendre la visite des Ducks, je mets le cap sur Montréal afin d’assister au retour de Saku Koivu d’épier les derniers coups de patin de Teemu Selanne au Centre Bell…

On reconnecte plus tard… 
 

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