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Palestine-Israël : je suis en deuil, pas en vengeance

Par le 16 juillet, 2014

 Palestine Israël : je suis en deuil, pas en vengeance

Ça y est c’est reparti! Le rouleau compresseur de la guerre est déroulé à nouveau pour broyer des enfants. Vous étiez en attente de la paix? Eh, bien voici la guerre qui arrive au galop.

Moi, la paix, je l’attends depuis toujours. Dans le ventre de ma mère, je l’attendais déjà. J’entendais ses promesses de « jours normaux » d’une banalité presque ennuyante. Comment dire? Dans mon paradis d’amour enfantin, avoir un toit, manger, se soigner et s’instruire, n’avaient rien d’excitant.

La Paix? Je l’attends, en fait, avant même ma naissance. Je l’attends depuis 1948. Quand viendra-t-elle ? Un jour. Demain ? « Demain, c’est juste après aujourd’hui », me disait mon père il y a bien longtemps.

Dans le monde musulman, aucun gamin n’échappe à ce piège : l’attente. Nous attendons tous. Chacun à notre façon.

 Palestine Israël : je suis en deuil, pas en vengeance J’ai grandi, en Algérie, avec l’image de Yasser Arafat arborant fièrement le keffieh palestinien. Lorsque je l’ai rencontré en 2002 dans son quartier général à Ramallah, encerclé par l’armée israélienne, je réalisais un rêve de petite fille.

J’ai grandi avec ces gamins qui lancent des pierres sur des chars israéliens.

Des femmes tête nues qui pleurent leurs morts.

Et ces bulletins de nouvelles presque toujours les mêmes avec des cycles de négociations interminables où des hommes en complet-veston s’échangent des poignées de mains et des sourires hypocrites.

Coudonc, « demain, c’est peut-être aujourd’hui! », me disais-je.

À chaque fois, je voyais mon père serrer des dents et retenir son souffle. Je l’entendais pester tantôt contre les dirigeants arabes et tantôt contre les dirigeants israéliens. Bien entendu, les Américains passaient également au cash !

Mon père faisait des commentaires à profusion. Mais jamais je ne l’ai surpris prononcer ne serait-ce que l’ombre d’une ombre d’une méchanceté ou d’une saloperie à l’égard des juifs.

Ce conflit était une guerre coloniale, une guerre d’occupation, une guerre de territoire. Et il ne fallait pas mélanger les torchons avec les serviettes.

De conférences en récitals de poésie, de concerts de musique en pièces de théâtre, je m’abreuvais de la Palestine. La religion n’avait pas sa place. Nous la tenions loin de la cause. Par ailleurs, d’autres se chargeaient de la catapulter au centre de toutes les discussions.

Dans la rue, être juif était la pire des insultes. D’ailleurs on disait : « Lihoudi (le juif) hachak (sauf votre respect)», c’était la même expression pour les femmes « El- mra (la femme) hachak (sauf votre respect) » et pour les chiens « El-kelb (le chien) hachak ».

Voilà, le trio est complété : les juifs, les femmes et les chiens sur un même pied d’égalité.

À l’école, la machine de la haine marchait à un rythme d’enfer. Le jihad battait son plein. Les récitations coraniques fusaient. Les têtes roulaient. Celles des juifs, des femmes adultères et des mécréants (kofars).

 Palestine Israël : je suis en deuil, pas en vengeance

En mai 2002, au Liban, sur le chemin entre Saida et le camp de réfugiés palestiniens Borj Al-Shamali, à une cinquantaine de kilomètres de Beyrouth, il n’y avait qu’un homme qui régnait en maître, c’était Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah (Parti de dieu), dont la photo était placardée tout le long du chemin.

Les conditions de vie dans les camps palestiniens du Liban étaient misérables. C’est là que les militants du Hezbollah faisaient des gains. Lorsque le Hezbollah avançait, son frère jumeau le Hamas bombait le torse. Car les deux organisations, affiliées aux Frères musulmans, travaillent main dans la main.

Du Pakistan à l’Afghanistan, de la Malaisie au Bangladesh, de la Palestine au Maroc, du Liban au Yémen, en passant par la Turquie, l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie, la Syrie, le Soudan, l’activisme social et humanitaire a posé les assises politiques de puissantes organisations paraétatiques et paramilitaires qui ont pris pour cible l’État-nation.

Bagdad s’est brûlé les ailes.

La Syrie est au bord de l’éclatement.

Un obscur bourreau s’est autoproclamé calife, nous ramenant quatorze siècles en arrière.

La Lybie est en lambeau.

La Tunisie vacille.

Le monstre à deux têtes Qataro-saoudien ne s’est jamais aussi bien porté.

L’Iran et la Turquie sont sur la même longueur d’onde : de plus en plus d’islam en politique.

Pendant ce temps-là, Israël bombarde les habitants de Gaza – un million 700 000 personnes et le Hamas continue d’envoyer ses roquettes.

On dira que les circonstances ayant mené à ce énième soulèvement ont changé, que les acteurs ne sont pas les mêmes, que la lassitude de part et d’autre est nettement plus visible. Tout cela est vrai, tout comme sont vraies l’existence d’une haine qui atteint un degré inégalé à ce jour, une absence inquiétante de véritables leaders, une volonté américaine délibérée de faire l’autruche.

Si, de plus, pour peu que l’on entreprenne de mettre en pratique le précepte cher aux ultras des deux bords – « oeil pour œil, dent pour dent » -,  on aboutit à la situation qui prévaut aujourd’hui, grave, désespérée même, et qui conduit à rendre le monde aveugle.

Je suis en deuil, pas en vengeance.

La seule alternative est la reprise des pourparlers de paix, la fin des colonies. Ou bien le chaos.

Légende des photos: 
Photo 1: Conflit israélo-palestinien 2012 (Said Khatib, AFP/Getty Images).
Photo 2: Yasser Arafat (Ron Sachs/CNP/Getty Images)
Photo 3: Rassemblement du Hamas 2012.(MOHAMMED ABED/AFP/Getty Images)

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